Victimes de la Terreur à Montjabron (Dieulefit)

Dans le cadre de notre nouveau livre « Crupies au 19e siècle ou la haute vallée du Roubion dans les turbulences de l’Histoire »  nous nous sommes intéressés à une émeute qui a eu lieu, le 14 juillet 1793, à Dieulefit, nommé plus tard Montjabron par les Révolutionnaires.

Victimes de la Terreur à Dieulefit

Le nouvel ordre qui s’installa après la prise de la Bastille (1789) et la mort de Louis XVI (janvier 1793) ne déchaîna pas l’enthousiasme de tout le monde comme la plupart d’entre nous le savent mais ce que l’on sait moins ce sont les évènements qui se déroulèrent à Dieulefit et qui eurent, pour certaines personnes, des conséquences on ne peut plus périlleuses.

Le 14 juillet 1793, une réunion fut organisée pour désigner un délégué qui devait se rendre à Paris avec la mission de valider l’accord du canton de Dieulefit à « l’acte constitutionnel ».
Lorsque le président de séance, Piollet de Poët Laval, cria : « La Constitution ou la Mort », quelques personnes se trouvant dans la foule répondirent : « Nous voulons un Roy, nous l’aurons. Nous voulons des Écus et non des papillons ! »
Onze suspects furent arrêtés sous l’inculpation d’avoir troublé une assemblée « par une émeute contre-révolutionnaire ayant pour objet la provocation au rétablissement de la Royauté, de l’Ancien Régime, de l’argent monnayé et la suppression de l’assignat ».
Dès les premiers jours de la Terreur, le 8 septembre 1793, la non-acceptation de l’assignat avait été déclarée passible de la peine de mort : les biens des contrevenants étaient confisqués et le délateur récompensé.
Pendant l’enquête, plusieurs suspects nièrent avoir proféré de tels propos et affirmèrent être membres de la « société populaire de Montjabron ». (Nom révolutionnaire de Dieulefit.)
Seuls Jean André Baud et Jacques Barbeyer furent condamnés . Le premier fut guillotiné à Valence, en avril 1794, le second fut exilé. Certains pensent que cette exécution ne servit qu’à faire un exemple, les autorités de Dieulefit avaient peur de passer pour laxiste aux yeux de Robespierre et de son entourage. Le pauvre Baud en fut la victime car il était peu argenté et n’était pas une figure connue.

le maître d'école
le maître d’école
Un recueil d’histoires basées sur des faits réels paraîtra dans quelques temps, « Les émeutiers de Montjabron » en sera l’un des récits romancés.

Antécédents des personnages principaux

Voici en premier lieu les victimes qui furent arrêtées et passèrent largement neuf mois en prison :

(Jean) André Baud, né en 1753 , s’était marié en 1788 avec Catherine Roux qui était originaire de Barbières (à 12 km de Roman sur Isère). Avant son mariage, il habitait déjà depuis quelques années à Dieulefit. Il était issu d’une famille de journaliers et de petits paysans et était illettré. Très probablement le ménage n’a pas eu d’enfants. (Jean) André Baud fait partie de la vingtaine de personnes condamnées dans la Drôme qui furent exécutées pendant cette période de la Révolution et il fut le seul à Dieulefit (nommé alors Montjabron).

Jacques Barbeyer Lamorte échappa à l’exécution capitale. Il était issu d’une famille qui peut être considérée comme appartenant à la classe moyenne. Son père était huissier et auparavant, il avait été Sergent Royal. Jacques avait six sœurs, était précepteur de la jeunesse ce qui nous porte à penser qu’il s’exprimait beaucoup plus aisément que Baud.
Dans le Jugement, il est affublé d’un surnom, il est dit Lamotte, il s’agit là d’une petite erreur que nous allons examiner. Ni dans l’acte de naissance ni dans l’acte de décès de Jacques Barbeyer, l’ajout « Lamotte » ne paraît. Par contre dans l’acte de mariage de ses parents et l’acte de décès de son père se trouve indiqué « Lamorte ». Son père signe son acte de mariage avec le patronyme : (Antoine Jacques) Barbeyer Lamorte. Le curé Martinet n’a pas pris la peine, à ce moment là, de nommer les noms des parents du nouveau ménage. Il signale seulement que (Antoine) Jacques vient de Comps et son épouse Marianne Chauvin de Soyans. Si l’on poursuit les recherches, on trouve que ses grands parents étaient Antoine Barbeyer et Marguerite Lamorte. À l’époque, le nom Lamorte se retrouve dans des actes à Die où habite une personne exerçant la profession d’avocat.
Jacques Barbeyer est né à Dieulefit, était célibataire et retournera après quelques années de prison, (condamné à être exilé mais nous ne savons pas s’il l’a été) à Dieulefit où il décèdera le 23 avril 1815 . Il aura alors 66 ans et son acte de décès nous apprend qu’il était encore « maître d’école ».

Jean Chaux (Chaix) était potier de terre, originaire de Clérieux (à 8 km de Roman sur Isère) où il est né le 13 octobre 1748 . Le 16 avril 1771, il s’est marié à Dieulefit avec Jeanne Marie Thomas. Le ménage avait au moins cinq enfants. Jean Chaix était le beau-frère de Gaspard Barral, un autre prévenu. Jean Chaix était illettré. Il décèdera à Dieulefit le 18 prairial an 9 (7 juin 1801).

Melchior (Jean Jacques) Drogue était également travailleur de terre. Né en 1760 à Bourdeaux, marié le 29 août 1786 avec Françoise Gras, ils avaient eu cinq enfants, uniquement des filles, dont au moins quatre étaient décédées en 1794. En 1790, sa femme mourut. Il se remaria à Crest, en 1791 , avec Anne Chapuy, originaire de Chatillon en Diois, avec qui il eut une fille qui vivait en 1794. Puis lorsque cette dernière épouse décédera à son tour, il prendra une troisième femme en 1798 : Catherine Chapuy qui était sa belle sœur. Melchior Drogue était illettré et décèdera le 6 mai 1800 .

Gaspard Barral était cordonnier. Il est né en 1746 à Dieulefit, en 1774 il a épousé Magdelaine Thomas et se faisant, il devenait le beau frère de Jean Chaix. En 1794, les époux avaient au moins huit enfants dont sept vivaient encore. Gaspard décédera en 1813 et Magdelaine en 1815 . Gaspard Barral était aussi illettré.

Jean Baptiste Charoy, qui dans le Jugement est appelé Charoir dit Baroir était très certainement originaire de Stainville. Dans le document dont il est question ci-dessus, le lieu de sa naissance est illisible et dans son acte de décès écrit en 1832 , on peut lire qu’il était originaire d’Estinville et que son nom est brusquement « Charrois ».
Il s’était marié en 1791 avec Anne Élisabeth Fabre, veuve de Jacques Gresse Blavière. Son acte de mariage indique : Jean Baptiste Charoy, garçon armurier, originaire dhotinville (…) dans le diocese de Bar le Duc. Vraisemblablement, le ménage n’a pas eu d’enfants ensemble par contre Anne avait, de son mariage avec Gresse Blavière, peut-être trois enfants encore vivants. Jean Baptiste Charoy savait lire et écrire.

Jean Pierre Charpenel est né en 1752 à Poët Laval. Le 12 janvier 1779, il s’était marié avec Marguerite Hugues . Étonnamment, dans sa famille, il y avait un frère qui, lui aussi se nommait Jean Pierre. Ce dernier s’était marié le 16 février 1779 à Dieulefit avec Élisabeth Merlet . Le risque de confondre ces deux personnes est très important ici. Dans le Jugement, on peut lire que Jean Pierre Charpenel avait 42 ans en 1794. L’époux de Marguerite Hugues correspond à ce critère mais pas l’époux d’Élisabeth Merlet.
Jean Pierre était travailleur de terre et habitait à Poët Laval. Au moment de l’émeute, il avait trois enfants dont deux étaient peut-être encore en vie. Jean Pierre Charpenel décèdera en 1797 . Il était illettré.

Jacques Joseph Jullien dit Bourguignon est né en 1750 à Dieulefit. En 1786 il avait épousé Marianne Maffet , dans certains actes, on peut lire Demaffe. Il était cordonnier comme Barral et le frère de Baud. Le couple, en 1794, avait sans doute trois enfants. Il était illettré et décèdera en 1820 à l’âge de 70 ans .

Jean Pierre Raymond Faure, dit Lamotte, comme Baud, Drogue et Charpenel, il était travailleur de terre. Il est né, comme son surnom l’indique, à la Motte Chalancon en 1766. En 1791, il avait épousé Marie Liotaud, veuve d’Alexandre Maravillon. Le nouveau ménage n’aura une fille qu’en 1799 et ils l’appelleront Magdelaine. Cette Magdelaine épousera de nombreuses années plus tard, en 1819 un certain Jean Louis Charpenel, fils de Jean Pierre Charpenel et d’Élisabeth Merlet que nous venons de voir. Marie Liotaud décèdera en 1850 , elle aura alors 90 ans et sera veuve d’Alexandre Maravillon et veuve de Jean Pierre Raymond Faure. Elle rendra l’âme dans la maison de Jean Louis Charpenel, son gendre, faubourg des Raymonds. Jean Pierre Raymond Faure était illettré.

François Poujoulat , de Dieulefit, qui réussit à échapper aux gendarmes et fut par conséquent jugé par contumace, est né en 1752 et en 1772, il a épousé Magdelaine Chalamel . Le ménage avait sans doute six enfants dont deux vivaient encore en 1794. Poujoulat était Maître Tailleur et savait lire et écrire. Il décèdera en 1818 .

Une deuxième personne fut également jugée par contumace, il s’agissait d’une certaine femme Bérard En ce qui concerne l’identité de la femme Bérard, il existe beaucoup d’incertitudes, le seul renseignement que nous possédions, en dehors du nom de son mari qui est utilisé dans le jugement, se trouve à l’occasion du décès de Melchior Drogue le 6 mai 1800 , l’acte indique les noms des déclarants : Catherine Chapuy, son épouse et Élisabeth Garaix femme Berrard qui a alors 38 ans.

Lorsque les recherches sont poursuivies, axées sur un Monsieur Berrard marié avec Élisabeth Garaix la piste ne mène à rien.

Le Curé Brun de Truinas qui était soupçonné d’avoir fomenté l’émeute a survécu aux années tumultueuses de la Révolution. Nous ne savons pas s’il est resté caché aux alentours de Truinas ou s’il a pris le chemin de la Suisse, en tout cas, il est décédé le 2 février 1808 à Truinas. Dans son acte de décès, il est dit qu’il était « recteur succursal de Félines ». Il avait alors 80 ans.

La plupart des membres de ce groupe d’émeutiers de Montjabron n’était que des travailleurs manuels illettrés très certainement respectueux jusqu’à l’aveuglement du maître d’école possédant le prestige de la connaissance terrestre et du Curé détenteur de la parole céleste. Ces deux guides de leur vie simple, ces deux pères, ces deux modèles à suivre pour leur savoir étaient nostalgiques de la sécurité et de la stabilité des temps d’avant la Révolution.

Que se passa-t-il avec les Juges et leurs collaborateurs ?

Alexandre Marcellin René Bérenger est né le 1er avril 1744 à Valence (paroisse de St Appolinaire). Son père, Marcelin Bérenger était Procureur du Roi. Son grand père, qui, lui aussi portait le même nom, était journalier et plus tard Maître boulanger. Le 16 février 1783, notre Président du Tribunal Révolutionnaire, qui en ces jours-là ne l’était pas encore, a épousé à Lyon, Marie Marthe Hery. Les époux ont donné naissance à un fils. Marcelin René Bérenger est devenu Procureur du Roi en l’élection de Valence et député du tiers du Dauphiné.
Après la Constituante (7 septembre1791) il changea de fonction et devint Président du Tribunal criminel de la Drôme. Le 12 prairial an VIII, sa carrière connut encore un changement lorsqu’il devint Juge au tribunal d’appel de Grenoble. En 1806, il démissionna de ses fonctions dans la Justice et mourut le 2 mai 1822 à Valence.
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Marcelin René Bérenger
Voici une petite anecdote à son propos qui fit le tour de Valence à l’époque :
On parle d’une aventure assez plaisante qui arrive au citoyen Bérenger, président du tribunal criminel :
L’année dernière on transporta la guillotine au Buis pour l’exécution d’un condamné. Le prix du double transport fut si considérable qu’il excédait celui de l’achat. Pour éviter à l’avenir de pareils frais, il fut convenu qu’on ferait construire une deuxième guillotine qui resterait au Buis pour servir aux tribunaux de ce district et de celui de Carpentras. Le citoyen Bérenger se crut alors autorisé à commander une machine à Rochette (Pierre), charpentier de Valence. Celui-ci l’exécuta ; mais quand il présenta sa facture, montant à 800 livres, les Conseils du département et du district refusèrent de payer, en disant qu’ils en avaient déjà commandé une. En sorte que le citoyen Bérenger sera obligé de payer sa guillotine, et ses descendants ne seront certainement pas peu étonnés de trouver un jour cet étrange meuble dans les galetas de leur maison.

Pierre Michel François Roman Fonroza est né à Die, le 8 mars 1733, fils d’un bourgeois de Die sous le nom de Pierre Michel François Roman. Il devint avocat et s’installa dans sa ville natale. En 1780, il prit pour femme Anne Jossaud. Le couple eut une fille. Il fut élu député de l’Élection de Montélimar.
Il prit place dans l’infâme Commission populaire d’Orange qui siégea comme tribunal révolutionnaire du 1er messidor au 17 thermidor an II. Composée de cinq membres, la Commission eut à juger « les ennemis de la Révolution » trouvés sur le territoire des départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. En l’espace seulement de deux mois et en 44 séances, elle rendit 595 jugements dont 332 condamnations à mort ; parmi les victimes, toutes conduites à l’échafaud, figurent 32 religieuses sacramentines et ursulines de Bollène. Dès la chute de Robespierre, la Commission populaire d’Orange fut suspendue, ses juges traduits devant le tribunal criminel de Vaucluse et furent jugés en l’an III.
Le jugement rendu par le tribunal criminel du département de Vaucluse, siégeant à Avignon, condamna à la peine de mort François-Charles-Gabriel-Léonard Viot, de Charleville ; Jean Fauvetty d’Uzès ; Pierre-Michel Roman-Fonroza, de Die ; Jean-Pierre Meilleret, d’Étoile et Gaspart Ragot de Lyon ; Claude Benet d’Orange et Joseph François Barjavel de Carpentras. (…)
Le 8 messidor an III (26 juin 1795), il fut guillotiné à Avignon, son cadavre jeté dans le Rhône, il avait alors 62 ans.

Caricature de Robespierre qui, n’ayant plus personne à exécuter, guillotine le bourreau.
Robespierre exécutant le bourreau
Robespierre exécutant le bourreau.jpg

Jean Baptiste Moulinet est né à Grenoble, exerça d’abord la profession de feudiste dans cette ville. Son habileté dans l’art de déchiffrer les vieilles écritures le fit ensuite appeler aux archives de la chambre des comptes en qualité de déchiffreur.
Le 21 brumaire an III (11 novembre 1794) le Directoire du district nomma les citoyens Moulinet, juge au tribunal du district de Romans , et de Sucy, commissaire des guerres, pour procéder au triage des chartes et manuscrits des archives du district de Valence. Au commencement de la révolution, il fut nommé archiviste du district de Romans, et passa, en l’an V, avec le même emploi aux archives de la Drôme.
Le 19 pluviôse an VII (7 février 1799), l’Administration centrale nomma à la place des officiers municipaux qui avaient démissionné le 15, les citoyens Moulinet (Jean-Baptiste), Truchet (Étienne), géomètre, et Herquenne (François), comme officiers municipaux provisoires. Ces trois citoyens formèrent avec le citoyen Saint-Germain, la nouvelle municipalité de Valence et nommèrent maire le citoyen Moulinet .
Il est mort le 28 avril 1811 à Valence et était l’époux d’Anne Marie Marillac .

Joseph Hyacinthe Cassan est né à Montbrun les bains, le 19 décembre 1757. Le 11 janvier 1781, il réussit son baccalauréat ès-droits. Deux ans plus tard, il épousa à Sault (Vaucluse) Rose Thérèse Henriette Morard, fille d’un avocat à Sault. Pour vous donner une petite idée du milieu qu’ils fréquentaient, il suffit de nommer les noms des témoins de leur mariage :
Pierre de Bernardi, vicomte de Valerne
Jean Pierre Monard, oncle prieur, oncle de la future
Jean Joseph Charles Monard, vicaire, cousin de la future
Joseph Eymard Claude Laval, notaire et procureur, oncle de l’épouse
Les époux eurent pour le moins quatre enfants. Leur déménagement à Valence eut lieu très certainement en 1790. Le 12 septembre 1792, Cassan fut élu à l’Administration de Valence. Deux ans plus tard, le 21 vendémiaire an IV (13 octobre 1795) l’assemblée électorale élit, après la vérification des pouvoirs qui avait pris toute la matinée, le Bureau définitif qui avait été constitué ainsi :
Les citoyens : Aymé (Jean- Jacques), président.
Revol (Ennemond), secrétaire.
Cassan (Joseph-Hyacinthe), scrutateur.
Athénor (Jean-Louis),
Lagier-Vaugelas,

François Caillât était huissier audiencier aux tribunaux civil et criminel de la Drôme. Au moment des évènements, il était marié avec Anne Mazet. Lorsqu’elle mourut au début de l’année 1796, il se remaria avec Marie Catherine Bernard. Le jour du mariage, le 29 floréal an IV (18 mai 1796) de nombreux membres de la Justice firent acte de présence, également son gendre , Antoine Cluse, qui était huissier au Tribunal de Police correctionnelle.
Plus tard, le fonctionnement de Caillât sembla donner quelques soucis. Nous lisons à la date du 22 pluviôse an XIII (11 février 1805) : « Procureur général contre Caillat (François) ». Il s’agissait de l’Appel d’un jugement du tribunal correctionnel de Lyon : le procureur général se désistait de son appel. Trois mois plus tard, le 14 floréal an XIII (4 mai 1805) à propos du cas Caillat (François), le tribunal se déclara incompétent (pourvoi en cassation rejeté le 4 prairial an XIII).
Malheureusement, nous n’avons pas été en mesure de savoir sur quelle base s’encrait les difficultés de François Caillât.

Pierre Claude Benoît Vignon, accusateur public de la Drôme.
Nous n’avons pas pu trouver grand-chose concernant cet accusateur public. Les documents consultés indiquent qu’il venait de Paris. Le 24 pluviôse an VII (12 février 1799), il se trouvait à Verviers (en Belgique dans la province de Liège, alors Ourthe) où il a dû remplacer un nommé Derchain qui avait été jugé incapable.

Jean Pierre (Jozeph) Combe, exécuteur de haute Justice est arrivé à Valence en 1793. Il devint le
successeur de Laurent Martin Coquelin. Dès août 1792, l’arrivée de la machine à décapiter de
Schmidt fut annoncée.

Le Directoire du département a reçu une lettre qui lui annonce l’envoi, par le roulage, d’une machine à décapiter. Dans le courant du mois de juin dernier, M. Clavière, ministre des contributions publiques, lui avait adressé une circulaire qui est assez curieuse pour être publiée ici :

Messieurs, en exécution de la loi du 25 mars dernier, relative à la peine de mort et au mode qui doit être suivi à cet égard, il a été construit une machine à décapiter par le sieur Schmidt, sous l’inspection de M. Louis et les ordres du Directoire du département de Paris. Son effet ayant rempli parfaitement le but que l’on se proposait, il m’a paru convenable, sous tous les rapports, de charger le sieur Schmidt de la construction de toutes les machines de ce genre pour les quatre vingt-trois départements.
J’ai, en conséquence, accepté les offres et conditions contenues dans la soumission de cet artiste ( ! ?) qui s’est obligé de les fournir en totalité à raison de huit cent vingt quatre livres pour chacune. Je l’ai, en outre, chargé de leur envoi à chaque département et d’y joindre les plans et dessins, non seulement de la machine, mais encore de l’échafaud devant servir à l’exécution et qui sera construit sur les lieux . . .

J’ai au surplus recommandé au sieur Schmidt d’apporter la plus grande célérité dans la construction de ces machines et de me prévenir aussitôt qu’il en aurait de prêtes pour être envoyées à leur destination, et j’aurai soin de vous instruire de l’envoi qui vous en sera fait …

Le nouveau bourreau de Valence avait alors 60 ans et ses forces commençaient à lui faire défaut. Nous avons trouvé, à son propos, l’incident suivant qui eut lieu un mois après l’exécution d’André Baud.

Ce matin, il s’est passé une scène horrible sur la place de la Liberté, à l’exécution d’un malfaiteur nommé Pierre Champel. Le bourreau, Joseph Combe, commençait à l’attacher sur la bascule, lorsque cet homme,
doué d’une force herculéenne, s’est subitement redressé et a brisé la bascule. Une lutte hideuse, que l’on devine, s’en est suivie. Ces choses-là sont arrivées quelques fois, et l’on a toujours remarqué que les
assistants se sentaient alors pris de pitié et d’une sorte de sympathie pour le malheureux qui ne voulait pas mourir. Mais les gens de la campagne qui étaient venus au marché ont, au contraire, eu pitié du bourreau ; assommez-le ! assommez-le !, lui ont- ils crié. Et, s’emparant d’un débris de la bascule, il a assommé le condamné, puis l’a guillotiné.
Dans la soirée, le Comité de l’exécution des lois a déposé une plainte au nom de l’humanité, et Combe a été mis en arrestation. On dit que c’est sa faute et que, s’il avait eu un aide avec
lui, cette scène d’horreur n’aurait pas eu lieu. Il sera traduit devant le tribunal criminel du département.

Pour Combe, l’incident n’eut pas de répercutions trop néfastes car le 4 prairial, il a été jugé par le tribunal criminel et acquitté.

Le logement de ce fonctionnaire posa quelques difficultés, comme il arrivait souvent avec les bourreaux. À son arrivée à Valence, il avait été mis à sa disposition un bon logis qui avait été la propriété d’un nommé Chastet, alors absent par suite de ses démêlés avec la justice.
Cependant les enfants de ce Chastet devinrent majeurs et réclamèrent la restitution de leur propriété. La municipalité décida que quelques petites chambres de ce logement devaient être libérées pour lui être proposé étant donné que la ci-devant maison de Vernaison, où il sera pour le mieux, était à côté des huissiers du tribunal criminel.
Le souci semblait être résolu mais il n’en était rien. Ses gages avaient beaux s’élever à 2400 livres par an, personne ne voulait lui louer un logement. On rechercha alors un appartement dans lequel il pourrait aménager dans la maison nationale qui était au bas du rempart de la Basse-Commune (Basse-Ville), près du ruisseau de Saint-Estève. En attendant, Combe habitait encore dans la maison de Chastet malgré les réclamations réitérées des héritiers pour que leur maison leur soit restituée. Ils firent même un procès à la fin duquel le juge de paix condamna la municipalité à faire évacuer cette maison avant la fin du mois. Ils en revinrent donc au projet de l’installer dans les bâtiments de Vernaison, où l’on ouvrit une porte à son usage du côté des rues Clairac et du Verger.
En 1805, Combe vogua vers la Corse où il mourut le 17 août 1809 à Bastia. Il avait alors atteint l’âge de 75 ans. Les déclarants de son décès furent Antoine Baver, huissier de la Cour de Justice Criminelle et Antoine Bigi, garde de la Mairie de Bastia.

Observations
Les petites gens sont extrêmement vulnérables pendant les révolutions. Elles sont la proie des fanatiques de tous bords. L’exemple d’André Baud en est un exemple indéniable. Il se laissa convaincre par le Curé Brun qui incarne la démagogie de l’église de l’Ancien Régime. Le Curé lui-même s’en sortit indemne en restant, au moment opportun, littéralement à l’écart quand il sentit l’haleine brûlante de la répression lui lécher les talons.
Baud et dans une moindre mesure, les autres personnes arrêtées avec lui, furent les victimes de la Terreur. Le plus petit évènement déclenchait une avalanche de répercussions impossibles à contenir une fois amorcées et personne n’osait plus risquer sa propre peau en faveur du plus simple des mortels.
Tout un chacun était susceptible de devenir à son tour une victime s’il ne parvenait pas à avancer un pion qui lui servirait alors de rempart protecteur contre la foudre des fanatiques révolutionnaires.
Certains Juges n’y échappèrent pas non plus et devinrent les victimes des fonctions qu’ils occupaient. Ils se devaient de répondre aux exigences du régime sans en devenir eux-mêmes les proies.
Les extrémistes également, dans une certaine mesure, n’échappèrent pas à la règle, beaucoup d’entre eux ne survécurent pas à la révolution qu’ils avaient soutenus aveuglément.
La chute de Robespierre et son exécution le 27 juillet 1794 entraîna l’arrestation puis le supplice de la guillotine pour ses partisans. Roman de Fonroza fit partie du nombre le 26 mai 1795.
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Toutes les personnes arrêtées en relation avec l’émeute à Montjabron (Dieulefit) étaient étonnamment de fervents catholiques, cette caractéristique ressort de leurs actes de mariage et des actes de naissance de leurs enfants. Dans ce dossier, pas un seul protestant n’était lié à cette sédition. Quelles pourraient en être les raisons ?
Quelques réflexions et recherches me portent à proposer les explications suivantes :
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 accordait la liberté de conscience et la Constitution de 1791, la liberté de culte. Concrètement cela signifiait que la chasse aux Protestants et aux Juifs était fermée et les préjudices qu’ils avaient à subir étaient officiellement abolis.
Napoléon devait restreindre ces nouvelles libertés pour nos compatriotes juifs avec son Décret Infâme du 17 mars 1808 mais nous n’y étions pas encore en 1793.
Début 1793, les Protestants de Dieulefit avaient toutes les raisons de soutenir la révolution en tout cas accordons leur le bénéfice du doute.
Les Catholiques étaient les grands perdants dans ce retournement de la situation confessionnelle du pays. Leur religion était dépossédée de son statut de religion d’État. L’État imposa des règles à cette Église en la plaçant fermement dans un cadre où elle ne devait se pencher que sur ses dogmes spirituels en se réservant à lui-même les objets temporels. L’Église dut se soumettre de gré ou de force aux lois du pays. Un grand nombre de religieux réfractaires, c’est-à-dire n’ayant pas voulu prêter serment à l’État, se positionnaient donc en dehors ou plus exactement au dessus des lois.
Des siècles durant, ils avaient largement profité de privilèges en amassant une richesse extrême sans avoir à payer trop d’impôt en tout cas sans commune mesure avec ce que devait acquitter le tiers état.
Ces temps bénis étaient révolus aussi n’était-il pas surprenant de les voir aspirer au retour de la situation d’avant 1789.

Lorsque toutes les religions devinrent égales devant la Loi, ce furent les catholiques qui en souffrirent le plus. Tous les religieux de toutes les confessions furent convertis en fonctionnaires de l’État français et ne furent plus comme du temps de l’Ancien Régime en quelque sorte au service d’une entité étrangère.
Du fait de la structure organisatrice différente des Protestants, ces derniers eurent moins de difficultés à s’y plier. Il va de soi que nous évoquons ici la période qui précéda la Terreur.
Il est donc évident que l’émeute fut manœuvrée par des religieux réfractaires aspirant à revenir à la situation d’avant la révolution ce qui procède des slogans émis en cette circonstance.
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Le noyau des évènements décrits, l’Assemblée Primaire du Canton de Dieulefit eut lieu le 14 juillet 1793. Le 5 septembre 1793 , le régime de la Terreur débuta.
Le procès des prévenus se déroula en avril 1794. Au cours de leur emprisonnement les conditions de vie des opposants s’étaient considérablement détériorées.
Robespierre
Maximilien de Robespierre

Cette période se termina par l’arrestation de Maximilien de Robespierre qui fut guillotiné le 28 juillet 1794 à Paris, place de la Révolution. Trop tard pour sauver la tête de Baud.
Il nous reste à constater que la Terreur instituée en septembre 1793, deux mois après l’arrestation des accusés, eut une funeste influence sur le processus judiciaire.

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Il se peut que vous vous demandiez comment ces citoyens de la ville de Dieulefit en soient arrivés à s’opposer ouvertement à l’ordre établi. La réponse à cette question ne se trouve pas dans les pièces du procès. Dans « Les émeutiers de Montjabron » nous avons imaginé et romancé une explication plausible que nous soumettons à votre jugement.

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