de Bourdeaux vers Londres
Pas tous les réfugies avaient la chance de trouver un endroit accueillant. Un de ces réfugiés bien moins connu que la famille Chastain- est Clément Patonnier, de Bourdeaux[1], il doit être né en 1669. Son métier était faiseur de bas. Il fut condamné le 25 septembre 1686 à Grenoble à 10 ans de galères pour “contravention aux édits” ayant tenté de quitter de royaume sans la permission du roi.
Inscrit sous le matricule n° 8381 dans le registre 1 O 99 du Rôle général des forçats venus sur les galères du roi à Marseille (Archives du Service historique de la Défense, département Marine, Toulon), couvrant les matricules 6870 à 8953 (1684-1687).
Condamné le 25 septembre 1686 par le Parlement de Grenoble, il fut incorporé dans une chaîne postérieure à celle d’Aurillac (9 juin 1685) et probablement acheminé vers Marseille à la fin de 1686 ou au début de 1687.
D’après le Journal des Galères et les listes de 1695–1702, Clément Patonnier fut affecté successivement à La Grande Réale, L’Éclatante, La Triomphante et La Fortune, galères de l’escadre du roi, d’abord à Toulon puis transférées à Brest.

Mémorial des Huguenots
La vie sur les galères est très dure. Dans le journal des Galères est écrit : « On verra dans un autre cahier les souffrances et la constance de M. Pierre Serres[2], l’aîné, sur cette galère, dont l’exemple et les exhortations ont aussi fortifié le courage d’Antoine Grange[3] et d’André Pelecuer[4], qui ont souffert deux bastonnades sur la même galère. M. Clément Patonier receut aussi une bastonnade en même tem(p)s.[5] ». La bastonnade, châtiment infligé aux galériens récalcitrants, frappait notamment les protestants refusant de communier selon le rite catholique. La mention simultanée de Pierre Serres et d’Antoine Grange situe Patonnier parmi les prisonniers restés fermes dans leur foi.
Bien qu’il ait été condamné à dix ans, il resta galérien bien plus longtemps.
Le Journal des Galères nous raconte : « Des lettres de Marseille, du 11 avril 1701, portoient qu’il étoit venu des ordres de la Cour pour libérer ceux qui avoient été condamnés à tems et qui avoient achevé leur terme; ce qui donna de l’espérance à plusieurs de nos frères qui étoient de ce nombre. Mais par d’autres lettres du 15 juin, on apprend que les noms de plusieurs de nos frères qui étoient sur les listes de ceux qui, ayant achevé le tems de leur condamnation, devoient être libérés, auroient été rayés; entr’autres ceux de M. Clément Patonier…[6] »

| Note complémentaire : la condamnation de Clément Patonnier Les Archives départementales de l’Isère (B 2150, p. 597 ; 2 B 927, p. 82) conservent l’arrêt du Parlement de Grenoble condamnant Clément Patonnier, natif de Bourdeaux en Dauphiné, « faiseur de bas à la façon d’Angleterre ». « Arrêté le 27 octobre 1685 à Mirabel, près des Échelles » et détenu à la Conciergerie du Palais, il fut condamné le 25 septembre 1686 à dix ans de galères, dix livres d’amende et aux dépens. Cette arrestation eut lieu dans le ressort du Parlement de Grenoble, dont dépendait Miribel-les-Échelles. Le procès fut instruit à Grenoble entre janvier et mars 1686, selon les mentions successives du greffier, qui conservent l’écrou, les interrogatoires et la confrontation de l’accusé. Les mentions répétées du greffier « dans un sac » signalent les étapes du procès et l’existence d’un dossier complet de procédure. |
Libéré le 17 juin 1713, son nom est suivi de la mention « émigré », attestant son départ définitif de la Royaume. Des 1717 il réapparaît dans les registres de l’Angleterre.

La « Réale » rentrant au port.
En cherchant sur internet nous avons trouvé un mariage à Londres le 1e juin 1717 [7] dans l’Église de la Savoye, Spring Gardens (Savoy Chapel), Huguenot Society (volume XXVI). Un certain Clément Patonnier se marie avec Elisabeth Sadier. Est-ce que ce Clément est la même personne que le prisonnier sur les galères ?
L’hypothèse d’une identité entre le galérien libéré et le Clément Patonnier marié à Londres en 1717 est d’autant plus plausible que la mention « émigré » correspond à une installation définitive hors du royaume. Toutefois, faute d’indication de filiation dans les registres de la Huguenot Society, la certitude absolue demeure hors de portée.

1 juin 1717 – Mariage de Clément Patonnier et d’Elizabeth Sadier, célébré dans l’église de la Savoye (Strand, Londres) par Claude Scoffier, ministre, en vertu d’une licence de l’archevêque de Cantorbéry datée du 31 mai 1717. (Huguenot Society of London, Publications, vol. XXVI – Registers of the Savoy Church, London, p. 153.)
C’est donc probable mais ce n’est pas certain parce que dans les papiers du Huguenot Society ses parents ne sont pas nommés, ni son lieu de naissance. Ce couple a eu au moins 3 enfants : Elisabeth Priscilla, qui est né le 13 février 1721. [8]

Son parrain était Martin Sadier, probablement famille de sa mère, et sa marraine était Magdeleine Amyot. Leur fils Abraham, né le 28 avril 1722[9]. Son parrain s’appelait Abraham Mazère et sa marraine Anne Smith.

Leur troisième enfant était Louise, née le 4 février 1725 [10]. Son parrain est encore Abraham Mazère et sa marraine Louise Varreille.

Comme vous le voyez les noms des parrains et marraines ne sont pas communs dans la Drôme.
Le 25 juin 1732 Clément Patonnier se marie avec Anne Gardas dans le Chapel Royal of St.James.

Il est décédé en 1737 en Middlesex.
Ainsi, de Miribel-les-Échelles à Londres, en passant par les galères du roi, le parcours de Clément Patonnier illustre le destin tragique des artisans dauphinois protestants du XVIIᵉ siècle, victimes de la répression religieuse puis réfugiés en terre d’asile.
[1] Le patronyme Patonier ne paraît pas dans les registres de Bourdeaux avant 1690 et le Patronyme Patonnier on ne trouve pas avant 1692. Probablement il habitait à Bourdeaux quand on l’a arrêté, mais il est né ailleurs.
[2] https://www.persee.fr/doc/rhmc_0996-2743_1900_num_2_6_4381_t1_0628_0000_3
SERRES, Pierre dit FONBLANCHE. Né en 1660, teinturier. De Montauban (82000) Condamné à Grenoble à 10 ans pour exil, le 24 mai 1686. Libéré le 7 mars 1714, retiré à Londres, mort le 17 août 1741. Sur La Fortune. N° écrou : 7875.
[3] GRANGE ou GRAND, Antoine ou Etienne dit DE LA MENARDIERE. Né vers 1667, fils d’Antoine et Suzanne Pourret ; tisserand. De Lamanac.(Saint-Jean-de-Prix) (07270). Condamné à La Voulte pour assemblée, le 2 janvier 1690. Libéré le 17 juin 1713, retiré à Berne puis Morges.Sur L’Emeraude à Dunkerque et La Fortune en 1698. N° écrou : 11840.
[4] PELECUER, André. Né vers 1657. Chantre. De Florac (48400). Condamné à Montpellier pour port d’armes, le 9 mai 1691. Libéré le 20 juin 1713, retiré à Morges en 1719. Sur L’Eclatante, La Fortune et La Fleur-de-Lys. N°
écrou : 13262.
[5] https://www.geneanet.org/bibliotheque-genealogie/viewer/45941?name=PATONIER&page=384&with_variantes=1
[6] https://www.geneanet.org/bibliotheque-genealogie/viewer/6240777?name=PATONIER&with_variantes=1#page=89
[7] https://ia601302.us.archive.org/11/items/registresdesegli26egli/registresdesegli26egli.pdf?utm_source=chatgpt.com (page 177 (153))
[8] https://ia601302.us.archive.org/11/items/registresdesegli26egli/registresdesegli26egli.pdf?utm_source=chatgpt.com (page 73 (49))
[9] https://ia601302.us.archive.org/11/items/registresdesegli26egli/registresdesegli26egli.pdf?utm_source=chatgpt.com (page 76 (52) )
[10] https://ia601302.us.archive.org/11/items/registresdesegli26egli/registresdesegli26egli.pdf?utm_source=chatgpt.com (page 82 (58))
